La mort et ses représentations

Illustration : Eglise de Meslay-Le-Grene

l’Homme et la mort :

On peut tout d’abord distinguer deux causes du rapport de l’homme avec la mort : La première cause (dit post-moderne) est que les civilisations humaines croient en l’Aude-là. Les grandes catastrophes comme par exemple la peste en Europe (du XIVe au XVIIe siècle) donnent à penser que la mort possède une densité particulière et par le même fait de la mort une compagne obligée présente au quotidien et implantée dans la vie des hommes de façon indélébile jusqu'à la déchristianisation récente.
La deuxième cause avec les conséquences des deux guerres mondiales, était de conserver le souvenir et d’honorer la mémoire des hommes ayant donné leur vie pour défendre la patrie.
Pour résumer c’est sur la période « Post-moderne » que la « Pensé de la mort » prévaudrait sur celle des défunts alors qu’aujourd’hui la mort est devenue un objet de recherche dû aux travaux récent dans le domaine des sciences médicales pour faire reculer toujours un peu plus loin l’échéance fatale avec pour effet un changement dans les mentalités sur les rapports avec la mort.


Les origines : l’Antiquité

Pendant longtemps la conception de la mort se retrouve au travers du
culte touchant à la survie de l’âme dans l’au-delà.
En Egypte Osiris et Thanatos en Grèce règnent sur les enfers mais ne sont pas la mort. Comme exemple antique nous retrouvons chez les Gréco-Romain parfois des peintures représentant la mort comme une vierge voilée, couronnée d’absinthe et tachée de sang, mais le plus souvent se sont des allégories : Flambeaux renversés, clepsydres, urnes funéraires, oiseau picorant un fruit. La mort n’est représentée qu’en son vivant, le squelette n’apparaît que dans les « Bacchanales » (fêtes bruyantes et orgiaques en l’honneur de Bacchus). On n’évoque que les hommes puissants ou alors les morts en masse ou exceptionnels.



Le Christianisme

C’est au VIIe siècle que les funérailles se généralisent, la mort est devenue en ces temps « Le salaire du péché » l’âme pécheresse et privée de la vie spirituelle.
La mort corporelle est la naissance de la « Vraie vie » dans l’au-delà, le triomphe de la vie spirituelle, le plus important étant le jugement dernier devenu essentiel dans le mécanisme de la foi.<
Il faut se résoudre des jouissances de la vie et se préparer au jugement divin.
Cette peur de dieu est orchestrée par les clercs et les prédicateurs en s’adressant aux faibles ainsi qu’aux puissants.



Allégories sur la mort au Moyen Age

Les représentations les plus variées prennent tour à tour des formes plus ou moins surprenantes avec entre autres : des ailes de chauve-souris au XIIe siècle, un moissonneur avec faucille, serpe, puis faux au XIIIe siècle, ou encore en chasseur avec filet, arc et flèche, sous la forme d’un musicien avec violon ou fifre au XIVe siècle, puis comme fossoyeur avec pic, pelle et cercueil au XVe siècle et se généralise enfin avec le début de la renaissance comme au XIIIe siècle sous la forme d’un moissonneur avec sa faux.



Les différentes veines littéraires sur la mort


Parmi les auteurs qui abordent ce sujet le premier semblerait être Boèce (480-524), puis suit au XIIe siècle Thibaut de Marly (1135-1190) qui nous décrit les affres de l’enfer ainsi que les points faibles de l’être : la cupidité et la méchanceté. Les puissants doivent donner l’exemple par leurs charités, il insiste sur la vanité des honneurs et des richesses mais c’est surtout Hélinant de Froidmont qui écrit vers 1194 - 1197 une œuvre qui pose les bases de ce qui deviendra plus tard les « Danses Macabres ».
Son œuvre intitulée « Vers de la mort » nous enseigne et surtout nous met en garde contre les vanités du monde et rappelle que l’on ne connaît ni le jour ni l’heure de sa mort.
Son message nous parle de l’égalité face à la mort qui touche chaque être humain ainsi que l’égale décomposition de son cadavre. Il convient de ne pas craindre la mort mais le jugement dernier.

Diverses familles d’œuvres littéraires peuvent être classées : Tout d’abord la veine des « Vado Mori » poème Latin du XIIe siècle dont la traduction puis la particularité est de commencer et de finir par l’expression suivante : « Je vais mourir », et pose l’interrogation suivante « Où sont ceux qui avant nous vivaient ? » seuls sont mis en scène des mourants contrairement au « Dit des trois vifs et des trois morts ».
On retrouve donc plusieurs personnages représentatifs de la société de l’époque avec par exemple : le roi, le pape, le chevalier, l’écrivain, le cordonnier, la danseuse etc…tous se plaignent qu’ils vont mourir bientôt.
Comme exemple on peut y lire : « Je vais mourir, les mourants s’assoupissent et les sourcils s’abaissent, les jeunes veillent, les vieillards s’endorment. Ayant été ainsi livrés à la souffrance, ils meurent, je vais mourir ».
Plusieurs poètes tel Deschamps, Chartier, Chastellain et surtout Villon avec son texte « Les belles dames du temps jadis » s’inspirent et obsède ces auteurs.
Quand à Pierre de Nesson il évoque avec amertume et pessimisme la précarité de la vie et la déchéance qui l’accompagne avec cet extrait : « l’Homme n’est que charogne et sac à vermine ».
Autre veine, celle des « Artes Moriendi » qui s’adressent avant tout aux clercs plus qu’aux fidèles.
Ces œuvres évoquent les assauts que le mourant subit de la part des puissances infernales et l’aide qu’il peut recevoir des anges, elles sont contemporaines d’une dernière veine celle des « Danses Macabres » avec inclus dedans le « Dit des trois vifs et des trois morts ».



Le dit des trois vifs et des trois morts


C’est vers la fin du XIIIe siècle que l’on distingue cette œuvre avec celle des « Danses Macabres ».
La principale innovation du texte tient dans le dialogue entre des morts et des vivants, et se retrouve aussi sous forme de peinture murale.
Le dialogue se décompose comme suit, extrait : le premier vif raconte cette vision d’horreur, le deuxième comprend qu’il s’agit d’un miroir, thème très fréquent, qui fustige leur orgueil, le troisième décrit les morts en putréfaction.
Voyageant à pied et ne semblant guère horrifié par cette rencontre les trois vifs représentés par des seigneurs sont emmenés à faire face aux macchabées un acte de contrition.
Le premier mort déclame « Ce que vous êtes, nous l’avons été, ce que nous sommes vous le serez », le deuxième décrit la mort et les tourments de l’enfer, le troisième invite les vifs à se tenir toujours prêt face à la mort inéluctable.
Les morts ont été envoyés par dieu pour que les trois vifs examinent leurs consciences, un épilogue exprime l’espoir que dieu écoutera la prière des vivants.



La Danse Macabre

Avec l’apparition de la peste noire vers 1348, cette « malédiction » frappe la moitié de la population en Europe et contribue à l’émergence d’une nouvelle œuvre littéraire sous forme de poème, mais surtout par des œuvres peintes exprimant ces poèmes sur les murs des églises ou dans les cimetière, seulement apparues au début du XVe siècle.
Il est intéressant de noter au passage le terme du mot « Macabre », qui oscille allègrement d’une origine à l’autre, on peu citer en exemple l’expression : « Mactorum chorea » traduit par « Danse des maigres » ou « Décharnés » ou par une onomatopée rappelant le choc des os. Mais le plus probable est le mot Arabe « Maqabir » qui signifie tombe, par contre l’origine de l’expression « Danse Macabre » peut-être dû à une vieille légende de morts dansant sur les tombes.
Des origines littéraires on attribut la genèse de l’œuvre à Jean Le Fèvre (1322-1387) qui écrit en 1376 « Le respit de la mort » on peu y lire cette phrase « Je fistz de macabree la dance ». On pense qu’il écrit cette œuvre à cause de la peste auquel il échappe de peu.
Ces vers mettent en scène quelque 25 personnages dont : le pape, l’empereur, le cardinal, le roi…etc représentatif de la population d’alors. Son message est conçu envers l’ensemble des conditions sociales, que l’homme soit riche et puissant, pauvre ou faible sans distinction d’âge et de sexe, tous seront inexorablement entraînés vers la mort dans une danse frénétique où personne n’y échappera.
Ce message doit faire preuve d’humilité concernant les riches et doit apporter aux pauvres le réconfort de voir les nobles et les prêtres soumis à la même loi. C’est aussi un appel à tous pour une vie responsable et pieuse. La mort insensible aux inégalités sociale, étend par la danse sa plus belle leçon et son magnifique triomphe.
Une des particularités des poèmes de la « Danse Macabre » est qu’ils furent joué et dansé devant le duc de Bourgogne en 1429 à Bourges mais aussi en d’autres occasions et peut-être même chanté !



La danse et son articulation : Le texte commence ainsi : le prédicateur entonne le message puis viennent les propos de quatre morts musiciens, suit le défilé des 30 couples morts et vivants, se poursuit par l’évocation d’un roi mort et se termine par la péroraison du prédicateur. Exemple de commentaire en vers sur un des personnages : l’Abbé

Abbé, venez donc ! Vous fuyez !
N’ayez pas la mine ébahie.
Convient-il que vous fuyiez la mort ?
Combien donc l’avez-vous haïe !
Dites donc adieu à l’abbaye
Qui gros et gras vous a nourri.
Vous pourrirez vite : chez la mort le plus gras est premier pourri !




Les représentations picturales : Comme vu précédemment c’est surtout par une représentation peinte que toute la force de la « Danse macabre » prend son ampleur, malheureusement ces œuvres subiront au fil des siècles une dégradation dû au jugement de certain qui les qualifient de barbare.
Une des premières fresques est apparue en France aux alentours de 1424 au cimetière des innocents à Paris. Cette œuvre peinte sur une longueur de 20 mètres environ correspond pour son époque à une période délicate de l’histoire de France. S’ensuit à partir de 1424 une grande diffusion de peinture à travers l’Europe suite au succès considérable de cette œuvre. Cette peinture disparaît définitivement en 1785 ne restant comme trace que des gravures. On peut aussi citer en exemple la fresque situé dans l’église de Meslay-le-Grenet (28) peinture daté vers 1490 malheureusement un peu dégradé mais très saisissante, à visiter absolument.
Toutes ces peintures furent très en vogue au cours du XVIe siècle et se développent de plus en plus, avec toutefois diverses variantes dans ses interprétations, mais elles s’estompent progressivement au XVIIe siècle et deviennent épisodiques jusqu’en 1932. Cela s’explique par un changement progressif des mentalités, les peintures ne revenant que lors d’une guerre ou d’un grand désastre. La mort s’exprime alors le plus souvent dans des tableaux ou dans des gravures.



L’époque moderne : Le romantisme ressuscite le phénomène du macabre au milieu du XIXe siècle et le poète Charles Baudelaire compose son poème « La Danse Macabre », bien qu’il soit toutefois qu’un air éloigné du thème originel, décrivant plutôt l’entité qu’est la mort.
Dans le domaine musical le compositeur Hector Berlioz inspiré des « Dis Irae » traduit par : « Jour de la colère » (œuvre écrite au XIIIe siècle par Félix Haemmerlin qui l’introduit dans la messe des funérailles et qui figure dans les missels jusqu’à la fin du XVe siècle est un hymne médiéval traditionnellement chanté pour faciliter le passage de l’âme dans l’au-delà), compose en 1830 « Songe d’une nuit du sabbat » 5ème partie tirée de sa « Symphonie fantastique ». Autre grand compositeur, Frantz Listz s’inspirant lui aussi des « Dis Irae », compose une ouvre musicale intitulée « Totentanz », ainsi qu’une symphonie en 1861 intitulée « Faust » plus trois pièces de musique de bal « Méphisto Walzer » qui donnera plus tard son nom à un groupe goth en 1986. Il est à noter qu’un groupe Français de cold wave en 1983 prendra le nom de « Danse Macabre ». Le compositeur français Camille Saint-Saëns qu’en a lui, écrit sa célèbre « Danse macabre » vers 1874, issue des « Poèmes symphoniques » inspirée par un poème du Français Jean Lahor connu aussi sous son vrai nom Jean Caselli. D’autres compositeurs de musique classique ont écrit sur le thème de la « Danse des Morts » tels : l’Autrichien Gustav Mahler ou le Russe Dimitri Chostakovitch.
Quelques auteurs ont écrit sur le sujet dont le Belge Georges Eekhaud avec « La danse macabre du pont de Lucerne » en 1920 ou encore Michel De Ghelderade et sa « Ballade du grand macabre » en 1934.



Sources utilisés :

- Livres à consulter

L’ouvrage de référence sur le sujet des danses macabres à lire absolument pour approfondir sa culture : PUF Que sais-je ? André Corvisier 1998.

Sur la peste l’excellent livre : La peste : Histoire d’une épidémie Gallimard Jeunesse n° 15 Brigitte Coppin, Michaël Welply 2006.

Auteur : PerCeVal

Illustration : Eglise de Meslay-Le-Grene de PerCeVal.

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