Dédoublement majeur

1 L’impression d’étouffer me réveille brusquement. Quelques secondes passent. Mes yeux s’ouvrent dans ce paradis perdu. Quelques secondes passent. Mon cœur déroule son tapis rouge…Il commence à se débattre. Je constate, sortant de ma léthargie, que je suis dans l’incapacité de gigoter. Je me sens mal. Mon corps se réveille. Mes bras me tirent le cerveau vers le bas. Mes jambes grappillent la stupeur qui m’envahit. Un putain de morceau de tissu se loge étranger, dans ce qui me sert de paroi buccale. Je ne peux ni crier, ni appeler, et j’ai un mal fou à avaler le peu de salive qu’il me reste. Je suis allongée sur le dos. J’ai le ventre qui me fait mal, mes jambes me torturent à force d’immobilité. Ma tête cogne. Alors je veux rabattre mes poignets sur ma poitrine, mais spontanément une piquante sensation de brûlure s‘élève le long de mes bras. Une grande respiration ponctue mon effort, et l’air humide de poussière s’engouffre dans mes poumons. Mes avant-bras étirés de part et d’autre, sont solidement arrimés à des pieux plantés à même le sol terreux. Misérable. Mon regard se jette sur l’un d’eux, fixant le bois foncé qui marque une usure claire et sinueuse au niveau du nœud de la corde. Impossible de me relever... Mes jambes subissent le même sort d’écartèlement. Je suis couchée sur le dos, mon esprit dessine une croix symbolique dans la brume fraîche d‘une réalité que je devine horrible. Je suis perdue au milieu d’un gris “nul part“ et un sursaut brusque mon être au moindre murmure suspect.
Les inspirations de ma cage thoracique pompent l’air nerveusement. Mon esprit s’embrouille. Je parcours du regard ce plafond en pleine décrépitude et je fixe une misérable ampoule fatiguée d‘exister. Elle éclaire par endroit tous ces murs grisâtres parsemés d’inquiétantes auréoles noircies par la tristesse de ce milieu répugnant. Le temps se calque sur moi comme cette angoisse crispante et arrogante. Misérable. Mes yeux s’habituent peu à peu à la semi obscurité qui m’encadre. Je relève péniblement ma nuque. Ca me tire la colonne. J’aperçois un écriteau brunît, vieux de mille ans, interdisant la cigarette en lettres capitales. Il est là, me narguant à quelques centimètres de moi…Aucun meuble, aucune fenêtre... L’envie de fuir plus forte que tout. Mais le temps prend son temps. Je bascule ma tête légèrement en arrière et j’aperçois une porte noyée dans la pénombre me tenant compagnie. Cela effraye mon esprit, et je me rends compte qu’aucune illusion possible de liberté n‘est pour l’instant abordable.
Je ressens un tel désarroi reflété dans l‘air, que même mon corps pourtant en alerte, absorbe ce calme environnant.
Mon pantalon en toile noire ceinturé sur ma chemise blanche trop légère, forme ma seule armure face aux multiples interrogations qui se bousculent dans ma tête... Pourquoi, Comment étais-je arrivée ici et surtout qui m‘y avait amenée?
Je ne me souviens plus de rien, je ne comprends pas et une sensation nouvelle de picotement gratifie de plus en plus mes membres.
De l’attente naît cette froide angoisse irrespirable. L’antre où je repose, je ne la connais pas. Un vide immense m’envahit et l’assèchement de ma bouche commence à aiguiser ma colère. Mais malgré mes efforts, je ne parviens pas à dégager cette loque de tissu qui agresse l’intérieur de ma bouche. Soudain mon cœur vomit un dernier battement…
J’entends le chant des sirènes résonner dans mon cerveau.
Des bruits de pas s’annoncent derrière cette porte qui me tourne le dos. Ils viennent à moi, martelant mon cerveau. J’essaye en vain de renverser ma tête en arrière en direction de la porte encore à demi close. Elle laisse un passage à quelques doigts. Je les vois. La lumière meurt sous le clac de l’interrupteur. L’obscurité m’enveloppe de sa froideur. Plus rien ne compte, seule cette rage naissance souligne maintenant mon existence dans cet espace croupit. Mes yeux se ferment et mon esprit se raccroche à ce que j’ai de plus cher au monde. Nous…

2 La porte s’ouvre encore plus... Le grincement de la serrure m’annonce l‘entrée de cet être que je ne désire pas. Il devient synonyme de brusquerie dans ma cervelle. Est-il la mort, est-il la vie? Je n’en sais rien, je ne sais plus... Je suis seule face à moi-même, face à sa présence, face à cette angoisse enivrée presque spasmodique. Seules les vagues déchaînées sur ma poitrine trahissent mon existence. Je tremble. Mon cœur claque. Je me force à ne pas bouger... Des pas dominants narguent mon impuissance. Je fixe intensément le frêle faisceau de lumière laissé par l’entrée à demi-ouverture de la porte. Il se reflète sur le mur sale en face de moi. Je crois mourir, mais mon corps tient la cadence de ses pompages tragiques. Je respire la présence de cet Homme que j’exclus de toutes mes espérances. Je vois sa silhouette avancer vers moi. Il se tient là, debout très près de mon âme décharnée, et je force ma vue à essayer de transpercer le pessimisme de la pièce, mais je n’arrive pas à distinguer les traits de ce visage enfouis dans les ténèbres. Je l’imagine m’observer, lui, un sourire narquois au bord des lèvres, et je ne peux empêcher l’une de mes mains se tendre vers lui. Je veux l’agripper à la surface du sol. Je cherche à me cramponner à sa cheville, à un morceau de pantalon, à n’importe quoi qui le rende réel. Mais rien n’y fait. Mes liens sont trop courts. Tragédie. Son parfum embaume la surface de mon visage. Il nourrit mes narines en quête d’un oxygène vital. Mélange suave que mon inconscience définit avec familiarité...
J’entends des portes claquer ...Mon Etat massacre mon esprit. Je suis entrain de perdre…
Sa main s’approche de mon visage, comme pour s’abreuver d’une convoitise dominante, et ma peau incendiée se tend sous l’effleurement de ses doigts sur la douceur de ma joue... Mes yeux la guettent. Un grondement singulier s’éjecte de ma poitrine...
Je ne contrôle plus les élans brusques de mes bras, et sans le moindre désir, la chair délicate de mes poignets se déchire sous l’emprisonnement de ces cordes rêches, trop serrées. Un cri sort de ma bouche, étouffé par ce tissu indésirable. Mes paupières restent ouvertes. Ma poitrine pompe avec violence un flux de liquide considérable. Je suis vivante. J’ai mal. Je saigne et je sens mon sang chaud s’épancher tout doucement sur la surface de mes paumes. Je ne lâche pas cette putain de silhouette du regard. Mon aversion totale, exorcise ma douleur. Tentatives vaines d’une espérance ratée...
De mille feux, mon cœur veut se décharner de moi. Ses martèlements tremblent à tout rompre.
Je me tords sur ce pieu comme un vers dans un bocal. Je me débine de toute arrière pensée. J’ai envie de lui gueuler à la figure. Mais rien n’y fait. Putain de chiffon!!! Je bouillonne. Je décrispe ma solitude. Mes membres épuisés se délogent de tout mon conscient. Mais c’est avec la plus grande inconvenance que lui ose encore me toucher. Douceur abjecte... Je ne peux rien tenter contre ça. Je suis prise. Je regarde l’une de ses mains s’approcher de ma chevelure. Je la sens soulever ma tête devenue inerte, passant ses doigts à l’arrière de ma nuque cassée. Je sens un tissu caresser mon front moite, et je comprends son message. Je ne peux rien contre ça. Je bombarde mon accroissement sanguin de mille feux. Je ferme les yeux sous cette douce soierie. Je sens ses doigts agiles la nouer sur le côté, comme si lui-même voulait nouer mes plus vives certitudes. Moi j’autorise ma vue à venir se connecter sur le fil dérisoire de mes pensées. Ma haine autorisée se mure dans le silence. Je ne vois plus rien, plongée dans un noir impénétrable...
De longues minutes s’écoulent. Je calque mes battements sur l’unique envie qui s’empare une fois de plus tout mon être : « être avec toi », mais merde, qu’est-ce que je fous là ? Qu’est-ce que ce merdier dans lequel je reste coincée ? Le claquement de l’interrupteur bouscule les quelques secondes qui me semblent empreintes de liberté. Je ne peux qu’imaginer cette vieille lumière se rallumer. Je n’en profite pas.
Pour moi, cette présence n’est qu’une ombre, pour lui je suis la lumière. Celle qui le conduira sur le chemin d’une rédemption possible. Je suis sûrement son seul espoir, sinon pourquoi étais-je enfermée ici, comme un animal meurtrit, sans aucune possibilité de fuite? Ma vue me manque terriblement. Je suis plongée dans le noir et lui profite de l’éclairage qui vient de renaître. Je laisse Mon sang se solidifier autour de mon cœur pour y dresser une barrière infranchissable. Le calme oppressant de la pièce désemplit mon âme de tout ce qu’il y a de bon en moi. Mes poings se ferment. J’ai envie de bondir, de mordre, de faire mal...
“Le tuer lui, le mettre à mort comme un vulgaire taureau dans l’arène, estampe mon unique envie de vivre. Je me souviens avec précision de ces carcasses bovines que les chevaux traînent jusqu’au sous-sol de l’arène pour les offrir aux bouchers en attente de dépeçage. Je revoie ces grosses têtes cornues, tranchées, entreposées sur des étagères sales, maculées. Un après autres, tous y passaient. Je revoie le découpage précis de ces équarisseurs, trancher aux couteaux les cuisses, les pattes, les longs corps inertes de ces animaux imposants avec une rapidité exemplaire…” Je sursaute.
Tout à coup, comme un couple de timbales claquant dans l’air du vent, je ressens la certitude que je vais mourir. Sensation indéfinissable telle une poussée à la verticale de tout le poids de mon vécu... Où, Quand, Comment, plus rien n’importe. Je suis là. Tu es ailleurs…
Un son casse l’air d’une Résonance stridente. Je transpire une sensation embaumée d’une haine indispensable. Mon cœur s’arrête sous l’emprise d’un effroi jusque là inconnu... Le monde entier se vide de ses croyances. Aussitôt mes oreilles se tendent vers cette sonorité que l’écho de la pièce me rend. Cette résonance vibre en boucle dans ma cervelle à tel point que même les cris d’un crucifié me paressent charmeurs.
Mes oreilles se concentrent sur cette sonorité que je reconnais sans peine : le crissement d’une paire de ciseau, sûrement en acier avec laquelle ce monstre joue, cisaillant un à un tous mes espoirs de rester en vie. Mon sang se glace. Je le maudis. J’entends des pas, devinant son approche imminente, inévitable, et là c’est avec une précision métallique que mon âme se retrouve percée, au delà d’une animosité imaginable. L’épouvante d’une souffrance anesthésie toute ma miséricorde. Que les minutes pouvaient être longues...
Mes bras ne répondent plus aux gestes que mon cerveau veut leur imposer... Ma tête se déchaîne dans des mouvements de va et vient latéraux, essayant avec peine de dégager ce bandeau qui masque la vérité punissable. Mais cela ne s’éternise pas ...Je flaire sa présence qui se rapproche, à quelques centimètres de moi. Elle parfume l’air corrompu d’un effluve sucré, évaporant petit à petit l’amertume de mes forces.
Je sens un empressement gênant, irrégulier autour de moi, une vague nerveuse dans laquelle mon corps se noie.
Et soudain, surprise, je veux mourir lorsque les lames glaciales de son instrument se posent sur ma gorge chaude... Un râle bestial sort de ma bouche pleine... Je me tends. Mon dos se crispe, je sers mes poings de toutes mes forces et stoppe ma respiration dans l’attente de l’inconnu... Toutes mes capacités de raisonnement fondent comme une glace au soleil. Mais mon âme ne peut pas faire face et se dérobe derrière un nuage voluptueux de mille pensées… Mon éthique suprême disparaît vulgairement.

3 Je parts envahir langoureusement ma bulle rédemptrice d’une luxure désobligeante... Je vais me blottir dans ce que je sais faire de mieux… Un seul souffle me guide, celui qui me connecte à « Toi ». Je quitte ce monde des vivants et plonge dans celui de tes pensées. Toute mon essence se laisse aller à de violentes rêveries. Pour Toi, Je lâche prise, et seul mon corps reste maintenant à découvert, impuissant mais existant... Je jette le meilleur de tout mon être dans la terre brûlée de ton regard. Oui le tien. La vision de ton visage presque angélique m’émerveille, jusqu’à en brusquer tous mes sens. Ma tête implose face à cette souvenance passée, rendue plus présente que jamais. Elle émane de mon esprit endormit, comme une jouissance. Je sens une envie folle se noyer le long de mes reins. Émotion spéciale. Je te revois là, survolant mes moindres méditations. Je revois notre première rencontre dans cette boîte de nuit, ce lieu public que j’aimais tant, réservoir de toutes les âmes perdues des environs... Paradis perdu…
“Décor anthracite, sièges noirs, plafond bleu cerise, bar couleur alu... Je revois les couples arriver comme des essaims d’abeilles sur la surface d’un pot de miel. 18 ans et plus, et âmes sensibles interdites. Soirée contre sens à l’éthique. J’adore cet endroit. Je passe brièvement en revue tous ces regards perdus qui se dandinent sur la piste de danse. Les corps se frôlent, semblent se poursuivre dans un incessant ballet techno. Je les observe assise au bar, un verre de Whisky sans glace dans une main, une clope dans l’autre. Et j’adore ça. Je m’imprègne de cette foule, comme je fais partie d’elle. Je me donne à toutes ces odeurs, à toutes ces couleurs qui clignotent. Je suis là et j’adore ça. Mon regard balaie d’une traite la piste qui grouille d’un monde seulement « Mortels ». Eux prennent du plaisir et moi j’en prends aussi.
Mais là s’en m’y préparer, ma stature se fige. Je ne pense plus. Je guette. Mes yeux s’arrêtent sur ton déhanchement rythmé par la musique. Toi, Toi, face à lui. Mon cœur me questionne. Je me sens envahie. Je ne veux plus aller ailleurs. Je ne pense plus à rien. Je m’allume une énième cigarette. Je te laisse éblouir mon regard sans montrer ma curiosité. Je te laisse entrer dans ma tête. Je laisse mes désirs entrer en toi. Et ce n’est qu’Après quelques tours de pistes, que je te vois tourner la tête dans ma direction. Devines-tu ma présence ? Mes yeux se plantent dans les tiens avec une insistance insoupçonnée. Les minutes défilent. Je passe mes doigts dans mes cheveux. Mes envies commencent à se lâcher dans un tourbillon irraisonné, et après avoir aidé ma cigarette à se consumer entièrement, je me lève. Je te rejoints sur la piste, poussée par cette hardiesse qui me caractérise. Je te regarde Toi. Tu ne t’y attends pas, et sembles ne pas comprendre. Je le regarde Lui. Il ne s’y attend pas, et semble me comprendre. Il me sourit. Porte ouverte… Je me glisse entre vous. Tu continues à bouger. Je laisse mon bassin s’approcher du tien. Je t’attire vers moi avec la douceur de mes gestes. Lui, Je lui tourne le dos. Je l’oublie. Je ne veux pas perdre de temps. Je veux te découvrir de plus près, et mes mains dessinent tout en douceur la cambrure de tes reins. Je ne te touche pas. Tu n’es sure de rien, je m’en rends bien compte, mais tu te laisses faire sans te soumettre et j’adore ça. Tu apprécies cette dévotion que je t’accorde. Je soudoie tes sens pour mieux en récolter les plaisirs. Je ne suis pas que de chair.... Je veux donner vie à mes désirs, comme si je voulais sculpter une estampe précieuse au ciseau sur ton corps d’airain. Tu me regardes. Noisette. Le temps se perd. L’ambiance reste tamisée, embrumée par l’épaisse fumée de cigarette qui nous encercle. La musique tonne… Je sens ton odeur. Mon souffle parcoure ton cou que je dégage délicatement de mes doigts fins. Je relève tes cheveux clairs. Je me surprends à approcher mon visage de leur texture. Je te sens, comme un fauve reste, d’instinct, attiré par l’odeur envoûtante du Sang. Il s’en imprègne, il la suit sans relâche. Et moi je m’imprègne de mon besoin de te toucher, de te sentir, de te goûter, de te découvrir sous ton apparente Sagesse que je crois décerner en toi. J’effleure d’un baiser la chaleur de ce cou désirable, comme si je touchais un objet précieux et fragile à la fois. Ta peau chaude est empreinte de volupté.
Je n’oublie pas non plus ce vieux mur de briques faisant parti du décor. Celui qui sépare le bar des toilettes, celui où je t’ai entraînée d’une traite. Ce mur contre lequel j’ai adoré te plaquer sous l’emprise de tout cet alcool bu qui se diffuse dans mes veines. Quel délice... Je m’agrippe à tes mains, collent mes paumes contre les tiennes. Je capte ta chaleur. Je m’amorce…Je remonte tes bras vers le haut, les écartant de la droiture de ton torse. J’aime observer cette croix que tu dessines ainsi. Ma poitrine se positionne droite et fière très proche de la tienne. Mes mains te quittent. Tu ne bouges pas. Tu ne sais pas. Je t’observe. Mon cœur craque trop près du tien. Le regard des gens, la musique, les décibels, l’odeur de cette salle, tout nous rapproche. Je me sens revivre.
Je me souviens de ce petit sursaut qui a fait trembler le haut de ton corps. Celui qui m’a fait comprendre le reste. Ma peau sur la tienne y trouve un pays que j’ai hâte de vouloir découvrir. Je décide alors de te soumettre à mes envies. Mes mains sont bien entrainées… J’y vais…
Je plaque encore plus fort ma force contre ta naïveté qui commence à s’envoler. Je ne te laisse aucune possibilité de fuite. Là, je glisse l’une de mes mains entre la dureté du mur et le moelleux de ton dos presque enfantin. Je suis une arme, je suis chargée… Je passe mes doigts sous la fine texture de ton haut habillé, et pose avec assurance la surface de ma main froide sur le plat de ta peau dorsale. Tu te tends sous l’effet inattendu de « mon » froid sur « ton » chaud. Je partage ma fausse pudeur, et remonte doucement le long de ta colonne. Je frôle l’attache de ton sous vêtement. J’adore ça. Je ne bouge plus. Je ne me dérobe plus. Je te regarde. Je te sens. Je te vole… Je presse mes phalanges sur le rebondi tendre d’une de tes omoplates et m’y accroche avec ferveur. Là, ma main restée libre s’agrippe à ton bras nu, je le saisi. Il frisonne. Je remonte vers la surface de ton épaule. Mes doigts enserrent doucement sa forme arrondie, et empoigne la circonférence toute entière de ta nuque chaude. Tu te redresses sous l’effet de ce bien être singulier. Ton souffle prend le pas sur le mien, tes yeux se ferment... Tu murmures à mes oreilles. Tu n’attends qu’un signe de moi. Je décide alors de planter mes yeux virulents dans les tiens. Tu ne me lâches pas du regard, comme si tu comprenais enfin que mes réactions demeurent imprévisibles. Mes poignets quittent ton corps pour s’agripper à l’élasticité de tes hanches. Tendre Peau. Vive les spectateurs, les grondements des basses et mes pensées perverties.
Et d’un geste vif, je te surprends. Tendre Femme. Je te retourne toute entière. Je ressens la masse de tes seins se jeter avec impertinence contre ce vieux mur que j’aime tant. Je saisis tes poings fragiles et les remonte à nouveau… tout en lenteur. Une, deux, trois, quatre secondes… J’aime observer cette croix que tu dessines ainsi. Je m’avance presque sur toi. Je presse le plat de mon sexe contre l’arrondie de tes fesses. Mes épaules viennent épouser l’arrière des tiennes sans ménagement. Ici ça devient chaud, c’est l’enfer. Ca commence à me plaire… Mon corps n’épargne pas le tien. Je vois ton front chaud. Tu baisses la tête dans l’attente de l’inconnu. Il touche la froideur de cet obstacle d’aspérité. Je sens ta respiration qui te traverse avec difficulté. Le mur est dur et je le deviens aussi. Tu ne me contredis pas. Je laisse mon esprit s’évader encore plus loin. Je passe mes mains sous ce vêtement qui te sert de haut habillé. Je goûte la chaleur de ton organe épidermique. Je matte mes élans. Je savoure l’existence presque imperceptible de plusieurs grains de beauté plantés ça et là. Mes doigts jouent avec. Je laisse le temps prendre son temps. Et d’un coup sec je décide d’ouvrir l’attache de ce soutient gorge qui me gène au plus haut point. Ta peau se délecte de cette liberté enfin retrouvée. Tu sursautes et veux faire un pas en arrière. Non, Non… Je te retiens. Je suis là. Et tu ne t’en sortiras pas comme ça. Je sens ton corps qui commence à vouloir se rebeller. Qu’à cela ne tienne. J’adore ça. Je ne te perds pas et ne fais pas marche arrière. Tu ne veux pas, mais je me débarrasse en deux coups de ce putain de sous vêtement qui m’exaspère. Je fais glisser ses bretelles le long de tes bras, et tire sa base vers ton ventre, le jette à terre. J’adore ta douce pertinence, et sans aucune gène, je viens par derrière encercler de mes deux mains, la surface chaude de tes côtes, juste sous la base tracée de tes seins arrondis. Je décide volontairement de les laisser libres de leur pointage… Je ne les touche pas. Un grognement de surprise s’éjecte de ton corps. Je ne l’entends pas, mais je le sens jaillir de ta gorge. Je suis pleine comme une batterie que l’on vient de recharger. Je suis pleine et n’ai pas l’intention de me vider comme ça. Mes dents se rapprochent de ta nuque presque découverte et je veux mordre ta peau gracieuse avec ferveur. Je le fais. Tu n’apprécies pas et veux te retourner. Oups…Je me presse encore plus fort. Mes mains remplies de ta peau féminine se sentent complices de mes moindres envies. Tu veux te débiner. Les nouveaux arrivants nous regardent avec curiosité. Tu sembles détester ça, mais je m’en fou. Je ne bouge pas. Tu es callée. Je profite de ta faiblesse. Et d’un coup sec, j’écarte l’une de tes cuisses avec mon genou décideur, là debout. Je calle mon pied près du tien. Hors de question de passer outre mes envies. Avant que l’ombre ne s’abatte à mes pieds, je libère tout doucement l’une de mes mains pour l’autoriser à venir caresser ton ventre jeune, légèrement rebondi. Là, ma tête s’enflamme. J’ai peut-être peur, mais je n’y peux rien, car Mes doigts te cherchent et descendent encore et encore… Je quitte ce ventre… J’ai tout gagné. Je ne mime pas. Tu cherches à te retourner. Tu ne veux plus être à la merci de tous ces gens. Ta gêne m’excite. Tu me parles, mais je ne t’entends pas. La musique gronde. Je décide de te laisser dans cette position plusieurs minutes. Je veux qu’on te regarde. On te regarde. La musique tonne. Hors de question de rester au point mort… Mes doigts ont soif…Je les glisse vers ton sexe protégé dans ton pantalon fin. Je prends mon temps, malgré l’empressement qui veut prendre le pas sur ma raison. Je veux m’alanguir sur ta douceur. Je ne presse pas mon geste. Je glisse doucement mes quelques doigts vers la soierie de ton sous vêtement. Mes phalanges se couchent en dessous, comme l’on se couche sous une couette protectrice. Et je descends, descends, jusqu’à ce que ma main toute entière disparaisse entre tes cuisses, plombée contre ton entrejambe que je découvre enfin. Je savoure la texture soyeuse de ton sexe. Je ne bouge plus et ferme mes yeux. Je t’embrasse le cou s’en même m’en rendre compte. Ma paume est plaquée sur tes lèvres cachées. Je les trouve suaves et accueillantes. Tu ne bouges plus. As-tu l’Âme inerte maintenant ? Moi, je pénètre ton monde sans même te demander la moindre autorisation, et j’adore ça. Tu veux fermer tes jambes, mais mon pied redouble de force pour te maintenir ainsi debout face au mur. Mon armure se fend. La beauté de ce moment, vaut mille années de mes guerres de solitude. J’ai envie de pleurer, mais ne le fais pas. Je retire délicatement ma main de cet endroit chéri. Le bout de mes doigts est humide, et j’adore ça. Je les guide vers ma bouche… Je te goûte et apprivoise ton odeur. Je frémis. Le monde afflue, des regards se collent sur nous, mais je ne t’épargne pas...
Je te retourne enfin face à moi, et me fais violence pour ne pas happer ta langue dans ma bouche requérante d’une douce sensation juteuse. J’attends. Le bout de mes lèvres se faufile très légèrement sur la peau fragilisée de ta nuque. Je laisse le temps prendre son temps. Rien ne nous presse, si ce n’est cette impatience que je viens de capter au creux de ton sexe. Puis instinctivement, après une poignée de minutes que je considère suffisante, je décide de dessiner ma bouche délicatement sur la tienne. Mes lèvres te caressent et j’adore ça. J’aspire ton souffle liquide que je fais mien... Premier baiser... Ta gêne disparaît. Nos saveurs se goûtent dans une moiteur électrique, me piquant avec intensité le bas du ventre. Encore plus de musique… Je jette un regard furtif en arrière. Je le vois Lui qui t’accompagnait. Je le vois Lui, me lancer un sourire. Je le quitte du regard, et me consacre à Toi encore et encore. L’envie te faire l’amour m’étreint dans un aperçu d’Éternité. Nos désirs s’estampent subtilement, et nos corps les calquent avec passion. Tu es devenue la transition parfaite du véritable moi, au coin d’un bar, au milieu de la nuit: Toi la femme qui percuta ma vie de plein fouet..”.
Mes rêveries amoureuses me bercèrent dans un univers enneigé d’un bien-être idyllique presque enfantin. Je plane, émotive comme jamais. Le monde semble tourner rond, mais je sens venir en moi une crainte imminente comme celle de ces petits crabes qui vous grignotent le cerveau. Emprise...
Je reprends mon souffle, décrispe mes mains, mais ne peux rouvrir mes yeux sous ce bandeau qui persiste de sa présence sur mon visage. Les ongles enfuis dans ma chair se décollèrent très lentement de ma peau, mes épaules cassées s’aplatissent plus profondément. J’entends la résonance rassurante de ma respiration tonner dans mon thorax. Mes pensées avalent le temps comme un gamin avale un petit pain. Je ne comprends pas. Je ne sens plus ce parfum. Pas un bruit... Cet autre avait disparu de ma sphère avec son arme qui ne me maîtrise pas encore. J’ai envie d’une cigarette, mais je comprends après plusieurs minutes, que je reste seule, cloîtrée dans cet endroit qui ne me quitte pas...
L’air empeste, et une odeur de désinfectant très dense me pique le nez. Surprise, un goût de fer inonde ma langue d’une sueur amère.
Ce ne fut qu’après quelques minutes que je me rends compte que mes lèvres saignent. L’ampleur de mes pensées semble telle, que je ne me suis même pas aperçu que l’on m’avait extirpé cette parcelle de tissu humide de ma bouche pâteuse. Plus de chiffon. Je peux maintenant crier, me décharger de cette mascarade grotesque... Hurler au monde que j’existe, là quelque part au milieu de je ne sais où, mais quelque part sur cette putain de planète. Mais Je ne le fais pas, comme si tout mon être se noyait sous cette autorité maltraitante. Avec gourmandise je passe délicatement ma langue sur les rebords humides des commissures de mes lèvres, puis soudain une envie brutale germe en moi; un pur désir “masturbatoire” humecte mes sens. Onanisme... Orgasme... Voila les mots que je préfère sans doute le plus dans ma vilaine existence. Je désire empoigner mon sexe à pleine main, le dévorer de mes doigts, l’inonder de cette sensation qui rend mes agissements totalement incontrôlables. Ma main, prête à m’accorder ce plaisir, stoppe son élan, suspendue en l’air au niveau de la pliure de mon coude. Je comprends encore une fois que mes liens font toujours partis de cette réalité non virtuelle. Mon poignet retombe avec lenteur sur le parterre sale. L’envie inassouvie commence à me perdre... Je me dépossède de mon sang froid. Je ne suis plus la reine tant aimée que je fus jadis... Je ne compte plus les minutes, je ne compte plus les heures qui me séparent de toi pauvre mortel, pauvre con qui s’autorise à me posséder avec une telle mysticité... Un grand bordel naît dans ma tête, amassant sans le vouloir tous mes pires cauchemars, toutes mes plus hideuses pensées, surtout celle où je réalise être l’esclave d’un besoin d’une domination maladive. Je me déteste...

4 C’est alors que la tranche froide et sévère de mon âme se confond avec celle de tes pensées... Je me raccroche à Toi pour mieux te survivre...
Qu’il en soit ainsi, je sens maintenant le souffle de l’Ange...
“Nous sommes assises nues l’une en face de l’autre, toi attachée fermement au pied de notre lit, par jeu sans doute. Toi, apeurée en ce beau jour ensoleillé de printemps. Apeurée par mon regard que tu ne reconnais plus, apeurée par la vue de cette lame de rasoir étincelante que je maintiens fermement entre mes doigts. Moi, je m’amuse à la faire briller, la laissant danser au contact du rayon de soleil qui nous arrive de la fenêtre, au dessus de ta tête. Ma main voltige. Je revois la douceur de ton visage angélique, délicieusement angélique... Je te revois blottie dans mes bras, Toi qui te donnes à moi avec la plus grande des convoitises. Mais tout cela ne me suffisait probablement pas... J’en voulais toujours plus d’ailleurs... Je voulais sonder d’autres pratiques, m’immiscer encore plus profondément, être la seule à te faire ces horribles choses que je trouvais tellement délicates. Je t’observe. Tu restes plantée face à moi, à genoux le dos plaqué contre l’un des pieds métallique de notre lit, les mains retenues par une chaîne que j’avais pris soin de cadenasser derrière ton dos. Tu me parles mais je ne t’entends plus, tu pleures et j’ai envie de rire. Mes envies sont en pleine ébullition. Tu me supplies d’arrêter, égarant un flot de larmes sur le bois ciré du parquet luisant. Rien ne me retient, puisque tu ne peux pas fuir. J’approche doucement la lame acérée vers Ton cou puis sans attendre, c’est avec détermination privée que je la presse sur la finesse de ta peau soyeuse. Je l’enfonce délicatement dans ta chair si tendre, ignorant ces horribles cris évadés de ta gorge. Un trait vertical, net, précis... voilà ce que je prends jouissance à dessiner cette fois-ci... Mon tracé descend le long de ta gorge, sillonne le grain de ta peau, s’évadant doucereusement entre tes seins fuyant jusqu’au nombril... Je donne accès à ton sang sur le monde extérieur. L’hémoglobine fraîche et aqueuse se jette sur mes doigts, sur mon visage, sur mon corps nu tout entier. J‘ai la fièvre dans le sang... Et c’est à ce moment là que je perds la dernière goûte sensée de mon organisme... Mon cœur stoppe.
Tes hurlements compressent ma lucidité jusqu’à la faire disparaître sous ce masque de mon visage. Je deviens celle que toute ma vie je refoulais sans cesse. Celle que je suis vraiment.... Ton sérum de vie écarlate s’épanche grossièrement, coulant sur mes mains, s’incrustant dans le moindre sillon de ma peau, inondant sur le paquet. Ta blancheur disparaît sous ce rouge clandestin que j’admire tant...
Je suce mes doigts un après l’autre sans la moindre honte. Une odeur chaude, acre et terriblement vivante embaume l’air d’une forte intensité, je te découvre enfin. Et c’est là le plus beau cadeau que tu me fais. Je viens de briser ton cœur en te laissant pensive. Tes yeux me parlent, mais je ne les comprends plus. Tu me fais changer d’air, mais je ne veux pas être comprise. Ta force de vie s’évade dans l’espace qui nous entoure. Tu ressembles à une merveilleuse poupée toute colorée de rouge et de blanc, brisée par le paroxysme de la douleur. Le poids de ton corps sans vie vient s’échouer dans mes bras, irisant mon âme de toutes les nuances teintées de ce rouge qui se libère de tes entrailles...”
Qu’il en soit ainsi, j’entends maintenant le murmure de l’Ange...
Ma nuque me fait mal en se braquant nerveusement contre toute attente. Je ne veux plus me souvenir de cette histoire, de ce cauchemar continuel, mais mon agressivité masquée persiste. Je secoue mes bras et mes jambes comme je le peux pour ne pas perdre toutes sensations. Des chatouillements avalent mes membres avec délectation. J’ai plus que soif. Je me rends compte que je transpire par cette douce odeur émanant du col de mon chemisier. Mais ce que je crains le plus au monde était en train de se produire. La porte s’ouvre à nouveau. Sans m’y préparer, mes tympans s’alimentent de bourdonnements précis, sournois, réguliers. Mon cœur se calme sans se poser de problèmes. Ma poitrine stabilise ses mouvements brusques, mon esprit fait comme si tout allait mieux. Excuses moi, je saurai me débrouiller toute seule, alors viens, viens à moi pauvre Con...
Je suis persuadée d’une mort imminente, et mon amour pour la vie se gonfle prodigieusement.
L’air saturé d’une forte odeur javellisée me pique les poumons tout en restant mon meilleur allié...
Je respire doucement, puis peu à peu, les barreaux dorés emprisonnant ma soumission bestiale, s’ouvrent naturellement encore et encore pour libérer mon essence unique. Ici reste plantée la sordide vérité que je comprends sans mal. Quelqu’un revint...
Je perçus un susurrement de voix suivre sa venue.

5 Il s’avance d’un pas amorti, déterminé. Des pas se figent tellement près de mon visage que la poussière vole, retombant comme une pluie sur ma peau transpirante de mépris. Aussitôt ma tête bascule instinctivement dans leur direction. Mon cerveau cuit. J’attends de recevoir le coup de grâce. Mais celui-ci ne se manifeste pas comme je prévis, et une stupeur vive et cruelle me percuta de plein fouet. Le loup venait d’entrer, mais un autre suivait... Un soupir s’évade de mon thorax. Mes quatre membres étirés, se tendent machinalement. Je me prépare au pire. Absence totale de sentiments. Je dois me faire violence afin de rester sur terre. “ Besoin d’aide ?” lançais-je, cinglant l’air d’une voix insolente.
Ma gorge brûle. Étais-je au ciel ou en enfer? Étais-je condamnée ou condamnable? Inévitablement j’aurais pu léguer tout ce qui m’appartenait pour abréger mes souffrances, car personne n’était fait pour tenir un rôle pareil avec tant de ferveur. Aller voir ailleurs, me libérer de mon corps à tout prix et conserver mon âme comme un trésor... Ma tête tambourine. Elle commence, contre son gré à se nourrir des crissements aigus d’une peur à peine contrôlable. Des carillons horribles viennent jouer ‘Une musique’ dans ma cervelle, celle des hurlements que plus tard je pousserai...
La porte se referme. Nous étions 3 dans cette antichambre de l’enfer. Je reste pétrifiée par une angoisse mortuaire, comme celle des nuits de veilles qui n’en finissent plus. Plus un bruit, plus un murmure... Je suis en train de comprendre que mon destin se colore d’un noir indélébile, tel un tracé épais recouvrant la blancheur d’une toile. Et malgré toutes ces heures d’attente, je désirais plus que tout fuir ce corps qui ne savait plus où il allait s’abattre. Avec cette violence familière, ma respiration énerve mes poux. Pieds et poings liés, mon esprit en redemande... Mon conscient pénétrable se glisse dans un présent plus tenace que le reste des malheurs du monde. Mes avant-bras me torturent. Mais je veux encore une fois craindre la douleur. Je dois puiser au plus profond de moi, de mes souvenirs pour ne pas baisser les bras, pour ne pas me rendre. Je soutiens mon âme avec le peu de force qui me reste. L’amour, je ne me raccroche finalement qu’à ça. Les secondes passent comme un souffle luciférien. J’attends d’être la proie la plus délicieusement enragée. Qu’attendaient-ils de moi ? J’ai l’impression de me battre contre une illusion. Un craquement d’allumette casse soudain l’air nerveusement, et le bruit d’une cigarette incandescente me semble très proche. Je sens la fumée s’évaporer comme un nuage au dessus de mon visage, se laissant subtilement aspirer par mes narines. Je ne bouge pas. Je me délecte de cette nicotine qui me manque tant et je finis par me noyer dans le silence de cette lutte perdue d‘avance.
Les quelques minutes de répits dont je profite, défilent comme une course contre la montre. Malgré toute la perfidie de ce combat, mon corps entier sursaute lorsque des mains indésirables arrachent brutalement les boutons fragiles de mon chemisier. Je veux me jeter à terre, je veux crier, je veux tuer, mais aussitôt une poigne solide vient se plaquer sur la surface de ma bouche. Je me débats, et l’écrasement des cordes sur les plaies déjà ouvertes de mes poignets, me scie le cœur en deux. Mes bras essayent en vain de se détacher de mon torse, comme s’ils vivaient en inéquation avec moi-même. Absence de sentiments.
La pression sanguine se déchaîne dans mes artères sous l’effet de la douleur.
Ma tête se jette violement en arrière, s’enterrant encore plus dans la dureté du matelas. Je tente d’atteindre un monde parallèle, voulant simplement rejoindre le chemin de ma vie qui est entrain de s’évaporer. “Espèce de salauds” marmonnais-je entre mes dents serrées... Je veux prier, mais ma colère rend abominable toute forme de croyance. Une larme coule le long de ma tempe, pour venir s’écraser sur la crasse du sommier. Mon ciel s’obscurcit. Mon corps est à la merci du pire. J’ai besoin de toute la vitalité de mon âme, comme Dieu a besoin de celle de ses fidèles pour exister. Ma poitrine découverte se sacrifie à la merci de mains baladeuses. Une patte grossière s’appuie lourdement sur la rondeur gracieuse d’un de mes seins, et son extrémité durcit au contact de cette fraîcheur. Je suis malaxée, déformée, rabotée comme un vulgaire morceau de bois.
L‘encéphaline de mon cerveau me sauve d‘une démence certaine en laissant mon organisme prendre le dessus.
Mon corps en a assez de s’ennuyer... Il s’immisce dans des souhaits qui ne correspondent pas à ceux de mon cerveau. Un frisson bouscule mon sexe et un éclair transperce mon ciel.
Des bruits de pas nerveux, des murmures continuels me plongent dans un vide infini.
Je ne fais pas l’effort d’écouter les crissements réguliers qui se rapprochent de moi. Le grincement de cette maudite paire de ciseaux retentit comme un cri strident à mes oreilles. Quand je le comprends, mon estomac se contracte violemment et j’ai envie de vomir. J’essaye en vain de soulever ma nuque, mais elle s’écrase sous la pression trop forte de cette putain de main qui la domine. Et là, ma vessie se vide honteusement au contact brutal de la froideur de ces lames plaquées sur la chaleur de mon bas ventre, inondant mon entrecuisse sans me concerter... Le haut de mes jambes se réchauffe sous l’effet indésirable de cet écoulement humide, qui en imprègne aussi la surface ronde et écrasée de mes fesses. Mes yeux se révulsent sous mes paupières cachées. Cet outil de torture se glisse sous la ceinture de mon pantalon, se couchant de tout son long sur mon derme fragilisé. Il entame sa besogne sur la toile de mon pantalon, découpant précisément un tracé allant du premier, puis au second jusqu’au dernier bouton de la fermeture. Des poignets me tiennent fermement l’abdomen afin de m’éviter de bouger au maximum. Des gémissements étouffés s’évadent de ma gorge profonde. Je sens le tissu se décoller de ma peau centimètre par centimètre, et l’odeur âcre d’urine mêlée à ma transpiration s’évapore, libérée au dessus de mon bassin.
On me maintint immobile, pour pouvoir se jouer au mieux de mon corps à demi nu. Je deviens un jouet cassable en proie d’un esprit malsain, très malsain... Mon coeur grogne lorsque j’entends les déchirures successives torturer ce qui me reste de dignité. Il n’attend qu’un signe de répit. La parcelle d’étoffe protectrice de mon sexe finit par disparaître complètement, laissant l’air tiède de la pièce, survoler la surface de mon intimité transie. Je maudis la terre entière, mais ma situation haïssable se maîtrise quand un souffle inattendu parcouru les racines de mes cheveux trempés de suffisance. Quelques secondes s’écoulent avant que des lèvres hasardeuses osent me frôler le front, y déposant un baiser furtif. Aussitôt, sans espérance, la main lourde emprisonnant la largeur de ma bouche, se décolle très doucement de mes lèvres meurtries. Pas un mot, mais une agitation spontanée autour de moi. J’entends les pas de “ces terroristes ” s’éloigner en direction du mur derrière moi. La serrure crisse, un bol d’air s’engouffre dans la pièce; un, deux, trois, quatre secondes, suivies d’un grincement en deux temps m’annoncent que la porte se referme. Egon Schiele est le seul nom qui percute à cet instant mon esprit.
Je suis peut- être morte.

6 Un long moment condamne ma solitude, laissant les minutes s‘enchaîner sans que personne ne se préoccupe de moi, puis le barillet grince à nouveau comme un appel au secours dans ce silence perturbant. J’entends des pas sourds revenir à moi. Je n’en peux plus d’avoir peur. Le détail des battements de mon cœur m’emmène au bout d’un déraillement sans limite. Le diable entre, marquant au fer rouge la cassure de mon avenir. Je ressens tout mon corps se paralyser par cette venue sardonique. L’instinct me plonge dans les Abymes d’une fin inévitable. La porte ne se referme pas, et un zéphyr protecteur entre effleurer mon corps presque nu. Mon cerveau m’ordonne de me lever, mais mon tronc, bloqué ne permet qu’à ma nuque de se soulever de quelques centimètres. Je secoue violement la tête pour me débarrasser une fois encore de ce bandeau qui me rend folle. La terre tourne mal. Je suis le ciel, il est l’Enfer, mais il ne me reste plus assez de courage pour contrer ce manque d’Amour. Je sens sa présence planer au dessus de mon visage et j’attends un contact. Celui-ci se produit lorsque j’affronte la violence de mes pensées avec peine et douleur. Une main se pose avec légèreté sur le plat de mon front humide, sa peau caresse ma joue. Je suis surprise par une humidité particulière s’épanchant sur ma peau. Ses lèvres frôlent les miennes, y déposant une saveur salée qui recouvrit ma colère. Pleure-il? Son visage s’éloigne du mien. Je ne veux plus me débattre, restant immobile, les bras plongeant vers la poussière du sol. C’est alors que je devine ses doigts danser sur la surface planante de mon cou, découvrant ma carotide des cheveux qui s’y collent. Lentement les bouts discrets de ses phalanges jouent sur ma peau nue, s’évadant sur les os saillants de mon sternum. Puis sans prévenir, sa paume se plaque avec adhérence sur la rondeur d’un de mes seins. Ses doigts l’enserrent. Tout mon être perd pied sans que je puisse intervenir. Mon buste se raidit machinalement, et ma bouche ouverte capte l’air avec difficulté. Je tremble.
Lui s’affranchit de ma douceur, de mes secrets, de mes envies dans toutes leurs intégralités. La nudité de mon corps semble aborder ses désirs avec une fougue incompressible. Sans laisser l’attente nous éloigner l’un de l’autre, ses lèvres pernicieuses se posent sur les miennes. Sa langue me cherche. J’ouvre la bouche. Cette langue me trouve. Sa salive salée m’apprivoise. Ma résistance disparait. Ma poitrine est en attente de caresse. Aussitôt ses mains se réunissent, complices, autour de ma nuque agitée, l’empoignant entièrement. La chaleur de sa peau m’appâte. Mon monde s’écrase sur le sol vil et audacieux d’une volupté inavouable. Nos langues se mêlent. Nos respirations prennent de l’Altitude. On décolle. Moi pauvre carcasse meurtrie, je n‘ai plus de choix, puis avec la plus grande innocence j’évacue un “encore” entre deux soupirs. Nos cieux se clarifient au delà de toute tempête connue. Lui illustre l’image complexe de mes envies les plus refoulées. Ses mains quittent mon cou pour venir gambader sur la peau sensible de mon abdomen. Mon bas-ventre s’avoue fébrile. Sa bouche descend langoureusement vers le chemin doux et délicat de mes seins. Puis elle les enveloppe un après l’autre de baisers déroutants. Sa langue arrose la dureté de mes tétons d’une humidité novatrice, jusqu’à en provoquer un tiraillement vulgaire au creux de mes entrailles. Instinctivement je veux encercler sa tête de mes mains encore liées, presque sous l’éprise d’une certaine affection que je redoute. L’envolée de mes poignets se dessine dans l’espace, puis stoppe, suspendue à quelques centimètres de ces baisers nourriciers qui continuent leur route sur la surface de mon abdomen. Je ne sens plus mes bras. Je ne peux ni voir, ni repousser, ni caresser. Je ne peux que ressentir cette sensation grandissante d’un bien-être affluant sur moi. Ma vue emprisonnée laisse l’intensité si délicieuse de ses contacts charnels décupler en moi. Je ne me reconnais plus. Je n’éprouve plus ni honte, ni peur, ni même cette haine que quelques heures plutôt je nourrissais avec la plus grande hargne.
Mon cœur frappe ma poitrine d’un rythme démesuré, ma gorge s’assèche. Tarissement total. Mes genoux se mettent à grelotter comme si la température de la pièce venait de chuter. Mes doigts se nouent autour des cordes qui me protègent de mes propres élans... Maintenant mes envies prennent formes... Maintenant le feu qui me calcine réchauffe ses certitudes... Maintenant mon corps lui appartient.... Maintenant mon âme rejoint la sienne... Maintenant je suis vaincue, il est gagnant... Il veut me découvrir, quoiqu’il arrive, quoiqu’il advienne. Il me veut et m’a telle une enfant prête à exécuter les moindres désirs d’un parent tortionnaire. Et oui je le savoure comme si la meilleure des gourmandises se présente à mes lèvres connaisseuses. Pas besoin de le guider, pas besoin de lui parler. J’ai l’impression de le connaître depuis toujours. Sensation excitante et illégitime à la fois. Ma respiration cadence mon buste de mouvements convulsifs et réguliers. J’exige qu’il me comprenne. Mon cœur fond à l’intérieur de moi. Le sang coule dans mes veines se dirigeant puissamment vers l’esplanade sensible de mon sexe. Son corps bascule. Il touche mes genoux, et s’abat là entre mes cuisses. Mon monde renaît. Ses deux mains captivantes descendent de chaque côté de ma taille, lentement pour s’agripper solidement à la toile décharnée du reste de mon pantalon.
Mon corps entier se raidit lorsque sa bouche atteint le pourtour de mon nombril dévêtu. Je sens la force de ses mains retenir les soubresauts involontaires de mon bassin. Mon entrejambe se réchauffe, consumé lors de cet autodafé programmé. De l’attente naît une envie toute féminine, nécessaire, et si particulièrement désirée. Mon bas ventre se braque et le monde qui m’entoure ne compte plus. Il ne reste que lui et moi dans ce silence nourris de mes gémissements meurtris. Lui joue de toute la souplesse de sa langue sur le rebord de ma cicatrice nourricière, puis sévèrement, y plonge son extrémité, captant l’intensité de mes désirs. Mon moi profond évacue un gémissement de plaisir. Lui a la fièvre dans le sang. Il est fait pour moi. L’odeur encore fraîche de l’urine échappée de mes entrailles ne le rebute pas. Au contraire, elle conduit sa bouche vers le point précis où mon âme exige d’être suppliciée. Au mon Dieu, je n’attends plus de sentiment, et mon ciel se taillade lorsque l’impétuosité de sa langue guide ses mouvements au delà de toutes mes espérances découvrant mon sexe en émoi. Et là, le diable se noie entre mes cuisses, dans mon caveau secret. Il est là, je le sens succomber. Sa solitude se fait mienne, je ne veux plus qu’il m’abandonne. Il s’enferme dans ma bulle et me boit de tous mes cris expirés. La violence de cette bouche dévastatrice se calle sur les rythmes réguliers de mes inspirations massives. Puis doucement cette valse buccale se fait plus lente encore pour mieux m‘en faire apprécier une sensation de dépendance. Je veux crier, hurler cette volupté qui m’envahit. Son organe goulu me lape les sens. Je veux encore plus de douleur, de souffrance malsaine, je veux plus de torture morale, je ne veux plus aucun contrôle, comme en ces guerres qui ne se terminent jamais... Ma gorge brûlante comme le reste de mon corps, éjecte un cri profond emporté par un écho souverain. Mon sang se bouscule dans tout mon être pour venir se réconforter à l’endroit même de toute cette attention offerte.... Audacieusement cette langue ouvre avec passion l’espace vide de mon corps tant convoité. Je la sens plonger en moi, et une chaleur bien ambiguë me monte à la tête. Plus aucun membre de mon corps ne m’appartient. Les élans de mes râles disparaissent sous l’influence d’une attente particulièrement abjecte. Silence... Sa bouche infernale se cache, se promène, cueillant le moindre frisson de plaisir, là, sur la surface tiède de mon orchidée rafraîchie. Je parts franchir ce point de non retour avec lenteur et certitude. Son sentiment de puissance a raison de moi. Je le franchis... Mes poings se ferment, le bas de mes reins se crispe quelques secondes éternelles, l’air n’alimente plus mes poumons et un incendie vivace vient brûler l’intérieur de mes viscères. Le sang se déchaîne violemment à l’intérieur des chairs de mon vagin. Émotion ancrée, arrimée au port d’une sensation douce et violente. Tous ces plaisirs se réduisent au final en un feu d’artifices si plaisant à regarder.

7 Le temps s’arrête.
La chaleur renaît en moi. Un doux soulagement semble maintenant connecter tous les filons sanguins de mon organisme à mon cerveau. A ce moment précis, ma fluidité corporelle toute entière se pointe désespérément vers les certitudes de ma cervelle. Mon inconscient se brise en mille demandes d‘une survie inévitable. Je quitte ce monde clandestin, fruit de mon esprit déjanté, brisé entre la réalité et la fiction. Mon corps se bat pour exister à nouveau. Mes forces se manifestent en une libération inévitable. Elles remplissent mes veines d’une décharge vive et chaude. Mon conscient se ranime d‘une vigueur presque inespérée. La vie ne veut pas m’abandonner.
“Connections... Je vois cet ange planer au dessus de mon corps comateux. Je reconnais ce visage, c’est le tien. La plénitude que je ressens maintenant autorise mon cerveau à venir se brancher sur l’électricité positive diffusée dans l’atmosphère. Je te laisse t’envoler... et moi je me réveille enfin.”
Quelques poignés de minutes s’écoulent avant que je me rende compte que mes yeux peuvent s’ouvrir. Je déplie péniblement mes paupières. Je ne bouge pas. Je suis couchée dans un lit douillet, mais la blancheur presque éclatante de la pièce me trouble. Un long néon blanc fixé au dessus de ma tête, me dérange et mes pupilles doivent s’adapter quelques secondes à cet éclairage brutal. J’ai mal et je veux me concentrer avec précision sur les formes floues et grisâtres que je distingue. J‘arrive enfin à visionner les moindres détails de ce qui m‘entoure. Une petite armoire d’apparence métallique se tient droite en face du lit. A son côté une fenêtre me laisse entrevoir la noirceur de la nuit. Les murs couleur anis me protègent comme des remparts. Une simple blouse légère recouvre ma poitrine. Je relève ma tête avec lourdeur, et je découvre mes bras reposant de chaque côté des rebords du matelas, les veines piquées par des aiguilles. Mon corps endormi sous leur influence, ne me laisse qu’une douleur languissante: celle qui tiraille mon abdomen. Au même moment, je réalise douloureusement que des tuyaux sortent de mes narines, et que ma bouche en avale désagréablement un plus épais. Mon regard suit l’un d’eux. Il alimente une machine robotisée placée à côté de mon lit. Je suis plongée dans un calme désinfecté de toute perversité. Je me sens enfin libérée de tout, blottie sous des vagues de draps blancs. Le temps passe, puis peu à peu, ma respiration difficile humecte un parfum familier. Ma tête bascule très lentement sur le côté, et là mon cœur s’affirme dans ma poitrine. Je te vois, assoupie sur une chaise de fortune, un vieux gilet recouvrant tes épaules. Tes mains se rejoignent sous ta tête posée sur le reposoir boisé du siège. On dirait ton chien…Tu portes ce pull gris chiné que je t’avais offert l’année passée, et ce vieux pantalon en toile noire que tu affectionne tant. Un plaisir indescriptible m’envahit et je prends le temps de te regarder encore. Ta présence borde l’amour que je te porte d’une tendresse toute particulière. Je ferme les yeux. Je suis fatiguée. Et là tout devient clair.
Je me souviens… J’y vais…

“Je revois cet empressement marquant mon départ de la maison. Je revois ma main empoigner avec rage les clés de ta voiture. Je revois le compteur électronique commencer à s’affoler sous l’emprise de ces accélérations inconscientes. Je revois cette allée meurtrière, bordée d’arbres plantés là comme des soldats au garde à vous, plus solides les uns que les autres. Je revois les paysages blancs de neige qui défilent à toute vitesse. Je ressens la vibration du moteur, puis le choc inévitable après un braquage courageux. La tôle froissée, l’habitacle déformé, la vision du moteur écrasant mon bas-ventre et celle de ce platane penché au dessus du par brise qui n‘existe plus. Cette écorce brisée, arrachée par la ferraille qui l’avait déchiquetée. Les pompiers, les sirènes colorées, des visages qui me parlent à travers cet amas de verre et de métal mais que je n’entends pas. Ces successions de semblants de sourires et ces mains qui maintiennent mon torse plaqué contre le dossier du siège. Ce goût de sang inondant ma bouche, dégoulinant sur ma chemise blanche trop légère. Mais ce dont je me souviens particulièrement, reste le ressenti de ce souvenir d’une volonté inébranlable...
Celle de Vouloir mourir à l’instant même où tu m’annonças que tu voulais me quitter pour aller vivre avec Lui...”

Je ne panique plus maintenant. Je respire doucement, j’ouvre mes paupières et avec un calme qui ne m’appartient pas, je regarde quelques minutes les flocons de neiges translucides se suicider sur la dureté de la vitre. J’ai tant envie de rentrer chez nous mais je sais que plus rien ne sera jamais comme avant. Je bascule vaguement ma nuque vers l’image tranquille que tu m’offres. Je veux que le temps ait raison de moi. Mon cœur calme patiemment son rythme. Je l’aide de toute mon âme pour ne plus entendre ses battements dans ma poitrine. Je ne veux plus de lui. Je ne veux plus de moi. Je ne veux plus de nous, je ne veux plus de rien. Alors pourquoi combattre ma volonté première. Devant toi je m’incline, et soudain le son percutant de cette machine ralliée à ma respiration retentit, pour s’éteindre progressivement dans mes oreilles. Je vois ton visage délicieusement angélique apparaître dans mon champ de vision. Je veux juste noyer mon âme dans ton regard qui me fixe, tourmenté par la peur. Il restera désormais tatoué dans mon essence précieuse. Je te souris. Ta bouche me parle en torturant les mouvements de tes lèvres, mais je ne t’entends plus. Je ne tremble pas, et je sens une larme couler sur ma joue. Je pousse ma main vers toi, puis mon cœur stoppe définitivement son moteur régulier, enfin. Mes yeux se ferment. Je n’eus pas le temps de ressentir une fois encore la douceur de ta peau sur la mienne. Je souhaite un monde qui n’est pas celui-là.
Je disparais alors comme je n’ai pas vécu, mollement, calmement, vraiment sans le moindre remord. Je m’appelais Muriel et je n’avais aucune envie de laisser le choix de mon dessein à une autre que moi-même. Il est trop tard, je me noie dans un vide que seule ta vison éclaire. Je redeviens la reine tant aimée que je fus jadis. Je rentre enfin chez moi parmi les anges qui, je le sais, vont passer l’éternité à me tordre le cou...

Auteur : Muriel Petit

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