Le cadeau venu du ciel

Illustration : Le syndrôme de vérité

Chapitre I – Le contact


Le vent d’été soufflait doucement sur la petite colline dominant la vallée boisée. Un village, posé au pied du monticule, offrait en ce soir d’été le spectacle charmant d’un jeu de lumières paresseuses sur les toits de tuiles rouges et les crépis blanchâtres.
A pas lents, Monsieur Franet gravissait la colline en empruntant le chemin qui courait sur son flanc. Il avait décidé de faire cette promenade après le repas, pour profiter de l’air doux du soir et aussi pour pouvoir réfléchir tranquillement aux doutes qui l’habitaient concernant la fidélité de son épouse. Après une demi-heure d’ascension, il arriva à un plateau herbeux sur lequel un arbre noueux avait élu domicile. Le soleil déclinait doucement à l’horizon et déjà un quartier de lune affichait sa blancheur. C’est en pointant son regard vers l’astre de la nuit qu’il aperçut le premier signe. Oui, un point brillant traversait le ciel et sa trajectoire donnait à croire qu’il se dirigeait droit vers Franet. Plus curieux qu’intrigué, le promeneur continua de regarder cette étrange chose évoluer. En effet, le point brillant venait vers lui, d’ailleurs ce n’était plus un point mais une petite boule. Franet ne cessa de fixer l’objet qui se déplaçait pour tenter de l’identifier. Etait-ce un avion ? Non trop rapide. Et puis cette brillance inhabituelle. Il va tout de même sacrément vite, on dirait qu’il grossit à vue d’œil. Incroyable. Après une attente relativement courte, il put distinguer les contours de l’objet. C’était une sphère ne présentant, à priori, aucune aspérité extérieure et légèrement aplatie sur sa partie supérieure. Puis tout alla très vite, l’engin semblant accélérer plongea en direction de Franet. Ce dernier pensant que le bolide allait s’écraser sur le plateau ne sut que s’allonger rapidement sur le sol et poser ses mains au dessus de sa tête. Mais si la sphère arriva bien sur le plateau ce ne fut que pour s’y arrêter, à un mètre du sol, en exécutant une décélération inimaginable.
Franet ne bougeait plus, la curiosité avait fait place à la peur. Levant légèrement les yeux, il vit distinctement, à petite distance, la sphère en suspension devant lui. Elle avait un diamètre de cinq mètres environ et paraissait entièrement lisse. Aucune marque n’apparaissait sur sa surface, à croire qu’elle avait été coulée en un bloc. Il se leva précautionneusement sans quitter du regard l’étrange machine. Il n’osa s’approcher, s’estimant déjà beaucoup trop près. Il fit cependant quelques pas sur sa gauche afin de vérifier entièrement la forme de l’engin. Oui c’était bien une sphère. Mais qu’est ce que c’est que ce truc ? Sûrement un machin militaire secret. J’espère que je ne vais pas avoir d’ennuis d’avoir vu ça. Nom d’un chien où passe notre pognon, à construire des trucs pareils ! Et à quoi cela peut-il servir ?

Les réflexions de Franet s’arrêtèrent là car un faisceau lumineux venait d’être projeté par l’engin. Un rayon de lumière rose, gros comme un tube de rouge à lèvres, sortit de la sphère à mi hauteur, pour venir toucher le sol. Aussitôt, le faisceau s’agrandit pour atteindre une largeur d’un mètre tout en conservant son épaisseur. Partant de l’engin pour arriver au sol, donnant à Franet l’impression qu’il s’agissait d’une passerelle. C’est alors qu’il entendit un léger bruit et qu’il vit, éberlué, au dessus du faisceau lumineux, le métal recouvrant la sphère disparaître, comme aspiré, pour laisser place à une ouverture d’un mètre carré environ. Franet sentant ses jambes mollir ne put entreprendre la retraite précipitée qu’il avait l’intention d’exécuter. Mais il n’avait encore rien vu. Passant par l’ouverture de la sphère et empruntant le faisceau lumineux, deux formes brillantes, aux contours rappelant vaguement un corps humain, descendirent de l’engin et s’approchèrent de Franet.

Le pauvre diable était livide, presque aussi blanc que les deux spectres se présentant devant lui. Il gardait la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés au possible. Il aurait souhaité crier, hurler, demander de l’aide, mais aucun son ne sortait. Il était paralysé de peur. Curieusement, plus les formes se rapprochaient de lui et moins il avait peur. Lorsqu’elles s’arrêtèrent à cinquante centimètres, Franet avait retrouvé un esprit tranquille, plus aucune inquiétude ne l’habitait. Il se sentait bien pour tout dire.

C’est à cet instant qu’il entendit la voix. Pas une voix normale comme celle que l’on peut percevoir par les oreilles, non, c’était une voix qui résonnait dans sa tête ! La voix lui disait « bonsoir Monsieur Franet ». Il allait demander tout haut qui s’adressait ainsi à lui lorsque de nouveau la voix lui dit « c’est bien nous qui nous adressons à vous Monsieur Franet. Nous savons utiliser la télépathie pour communiquer et nous captons entièrement votre pensée ».

Les questions se bousculèrent un peu dans le cerveau du pauvre homme avant qu’il ne tente d’en poser mentalement une première « mais qui êtes-vous ? ». Son cerveau reçut immédiatement la réponse « nous sommes des ambassadeurs d’une planète lointaine et nous souhaiterions pouvoir entretenir avec vous des relations durables et pacifiques ». L’échange dura un certain temps et il ressortait de cette conversation que ces étranges créatures désiraient prendre contact avec les autorités de la terre et qu’elles chargeaient Franet de faire le lien entre les deux communautés. Elles avaient observé notre astre depuis plus de deux cents ans et pensaient nous apporter beaucoup pour améliorer notre situation. Pour conclure elles précisèrent « nous savons que votre planète est souvent secouée par la guerre, alors que c’est une chose que nous ignorons totalement, nous avons également étudié pourquoi ce malheur vous frappe régulièrement. En signe de notre bonne foi nous allons vous offrir en cadeau le moyen d’éradiquer complètement ce fléau ». Puis une des créatures allongea son aura jusqu’à toucher la main de Franet. A ce contact il ressentit un grand bien être l’envahir, une sorte de soulagement accompagnée d’une, disons, béatitude. Son regard ne quittait pas les deux visiteurs.
Puis les deux étranges personnages reculèrent jusqu’à la porte de leur vaisseau. S’arrêtant là ils envoyèrent à Franet un dernier message « dites à vos autorités que nous repasserons dans quels temps pour concrétiser d’avantage nos relations. Et surtout offrez notre cadeau aux plus de personnes que vous le pourrez. A bientôt Monsieur Franet ». Ils pénétrèrent dans leur engin, la porte se referma comme elle s’était ouverte, le rayon lumineux s’éteignit et la boule s’éloigna rapidement dans le ciel pour disparaître au milieu des étoiles.



Chapitre II – La transmission


Une fois seul, Franet se demanda s’il n’avait pas rêvé cette aventure rocambolesque. Puis se souvenant il regarda dans le creux de sa main, il ne contenait rien, il scruta le sol à ses pieds, rien non plus. Mais nom de Dieu qu’est ce que j’ai fait de leur cadeau ? J’ai perdu leur truc ! Il chercha autour de lui mais toujours rien de rien. Tout en se grattant derrière la tête, il décida de retourner au village par le sentier pour se rendre à la mairie, afin de demander de l’aide, sentant que la situation le dépassait un peu. C’est en prenant le dernier virage qu’il vit toute cette foule venir vers lui. Les habitants avaient vu l’engin se poser sur le sommet et tous convergeaient pour « aller voir de plus près ». En voyant Franet approcher, la foule s’arrêta et fit un grand silence. Seule une femme se mit à courir dans sa direction et tomba dans ses bras. C’était son épouse. A son contact elle ressentit un grand bien être l’envahir et elle resta cramponnée à son mari. Le moment de stupeur passé, les habitants se ruèrent sur le couple et une bordée de questions arriva aux oreilles de Franet. Il leva les deux bras en agitant les mains pour calmer les impatients et après avoir réclamé le silence il raconta en détail son aventure. Après quoi chacun voulut venir serrer la main ou taper sur l’épaule du premier humain à avoir eu un contact avec des extraterrestres. Et tous ceux qui touchaient Franet ressentaient à leur tour ce bien-être les envahir.

Soudain une grosse voiture arrivant à vive allure s’arrêta devant l’attroupement. En descendit le maire du village, petit homme rondouillard accompagné d’un individu de haute taille portant un costume de bonne coupe. Franet lâchant sa femme s’approcha d’eux. C’est le maire qui prit la parole en premier en s’adressant à la cantonade « Monsieur le sous-préfet qui m’accompagne voudrait savoir ce que vous avez vu. c’est le préfet qui l’envoie en reconnaissance. Alors, qui a vu quelque chose ? ». Franet s’avança mais, avant qu’il ne puisse prendre la parole, le curé du village arriva sur son vélo. Il en descendit prestement et s’approcha de la foule en demandant d’une voix essoufflée « mais mon Dieu, je viens d’apprendre la nouvelle, que se passe t-il ? ». Le sous-préfet se présenta au curé en rajoutant d’un ton sans réplique « je suis ici au nom du gouvernement pour le savoir en priorité ». Puis il fit de nouveau face à la foule et lança « alors, qui a vu quelque chose ? ». Franet recommença son laïus pour les trois nouveaux venus. Etonné, le sous-préfet posa sa main sur l’épaule de Franet tout en lui demandant de lui montrer le cadeau des extraterrestres. Il ressentit la même chose que tous ceux qui touchaient Franet. Le maire et le curé qui venaient de lui serrer la main n’échappèrent pas non plus à la petite secousse. C’est d’une voix confuse que l’ambassadeur des visiteurs du ciel précisa « je ne sais pas quel est ce cadeau ni où il est, je ne peux rien vous montrer ». Le représentant du gouvernement paru désappointé par cette réponse, mais réagissant il pointa son doigt en direction de Franet et dit « je dois appeler le préfet, suivez moi ».
Franet accompagné de son épouse s’engouffra dans le véhicule avec le maire et le sous-préfet. Ce dernier tapota l’épaule de son chauffeur et lui demanda de les conduire rapidement à la mairie. A son tour le chauffeur fut touché par ce bien être étrange.
Arrivé dans le bureau du maire, le sous-préfet composa le numéro direct du préfet. Une fois en communication avec celui-ci, il lui fit un compte rendu complet de la situation. Le préfet lui dit qu’il allait s’occuper d’envoyer au plus tôt des gendarmes pour aller fouiller le sommet et surtout en interdire l’accès, cette zone devenant « top secret ». Après quoi le préfet ordonna « ce soir nous allons nous réunir dans mon bureau, à l’issue vous reviendrez directement sur les lieux ». Puis il rajouta machinalement « Cela ne vous changera pas puisque à la fin de chacune de mes réunions vous filez toujours pour retourner chez vous n’est-ce pas ? ». Et là le maire, Franet et son épouse entendirent distinctement le sous-préfet répondre « je ne rentre jamais directement Monsieur le préfet, je passe d’abord chez vous pour coucher avec votre épouse car je sais que vous restez tard à votre bureau ». En entendant cette révélation, le ciel tomba sur la tête du préfet. De plus celui-ci avait réuni dans son bureau tous ses collaborateurs qui suivaient la conversation sur le haut-parleur du téléphone. Bredouillant il répliqua « mais… mais vous êtes fou ! Que vous arrive-t-il ? ». Franet, qui entendait également la conversation, ne voulant pas assister à cet échange qui prenait de l’ampleur, prit son épouse par le bras et l’entraîna dans un coin de la pièce pour lui demander sèchement « pourrais-tu me dire ce que tu faisais ce soir pendant que j’étais sur la colline ? ». Le regardant calmement dans les yeux elle répondit « je suis allé embrasser Marcel le voisin, j’ai vraiment très envie de lui. ». Une scène de ménage commença alors dans le bureau. Le pauvre maire ne savait que faire face à une telle situation. Le sous-préfet poursuivait sa conversation avec son préfet et insistait pour lui assurer qu’il avait bien dit la vérité et de l’autre côté Madame Franet venait d’avouer à son mari qu’elle aimait un autre homme. A ce moment, de la rue, les bruits d’une forte altercation se firent entendre. Jetant un œil par la fenêtre, il vit des hommes s’empoigner, des femmes se crêper le chignon et le curé au milieu du pugilat qui tentait de calmer tout le monde. Se rendant rapidement sur place, il ramena le calme et demanda aux personnes présentes les raisons d’un tel agissement. Une femme prit aussitôt la parole pour dire d’une voix hargneuse « c’est cette salope qui a couché avec mon mari » tout en montrant d’un doigt accusateur une jeune fille. L’accusée ne chercha nullement à se défendre bien au contraire, elle répondit du même ton que celui employé par Madame Franet il y a quelques instants « c’est exact, j’ai bien couché avec son mari ». Pour les deux hommes qui s’étaient battu l’un d’eux avoua au maire qu’il avait déplacé une borne marquant la limite de son champ, volant ainsi quelques ares à son voisin. Le maire en resta complètement éberlué. Ses administrés si cachottiers en général, avouaient publiquement leurs fautes, incroyable ! Et soudain la lumière jaillit dans le cerveau du maire ! « Mais, nom d’un chien de nom d’un chien, bien sûr, j’ai trouvé ! ». Et il s’engouffra de nouveau dans la mairie, le curé à sa suite, rejoignit son bureau et arracha le combiné des mains du sous-préfet. « Monsieur le préfet, je suis le maire, j’ai retrouvé le cadeau des extraterrestres ! » Après une seconde de stupeur le préfet demanda « Alors qu’est ce que c’est ? ». Le maire cria dans l’appareil « La vérité ! Monsieur le préfet, c’est la vérité le cadeau ! ». Interloqué le préfet voulut des explications. Le maire lui fournit pour preuve les attitudes de son sous-préfet, du couple Franet et aussi celles de ses administrés en concluant « Chacun répond aux questions sans pouvoir mentir, comprenez-vous ? ». Le préfet ne savait comment analyser cette révélation et surtout si l’information était réelle, alors pour s’en assurer il demanda au maire « Monsieur le maire avez-vous triché durant les dernières élections municipales ? ». Le maire sentit au fond de lui-même qu’il devait dire la vérité et que cela lui ferait un bien immense, « Oui j’ai falsifié quelques bulletins avec mon équipe, Monsieur le préfet ». Le préfet rajouta « Mais comment les gens se sentent obligés de dire la vérité, il y a une onde ou quelque chose d’autre qui se propage ? ». Le maire réfléchit une seconde puis il confia son sentiment « Non Monsieur le préfet, je pense que le cadeau a été donné à Monsieur Franet qui le transmet aux personnes par contact direct et qui, à leur tour, peuvent le communiquer à d’autres par le même moyen. C’est comme un microbe je pense. Me comprenez-vous Monsieur le préfet ? ». Le représentant de l’Etat attendit quelques secondes avant de répondre, bien des choses se bousculaient dans sa tête, mais il finit par dire le plus calmement possible « Je comprends parfaitement la situation Monsieur le maire. Dites au sous-préfet de rester à vos côtés ainsi que son chauffeur, c’est impératif et qu’il me tienne au courant des évolutions. Je vais m’occuper de la suite des événements, n’ayez crainte ».
Raccrochant le combiné, le préfet leva les yeux vers un colonel de gendarmerie attendant ses directives et ordonna « Bouclez moi tout le secteur du village, interdiction d’y entrer et surtout d’en sortir y compris le sous-préfet. Que vos gendarmes ne rentrent en aucune manière en contact avec les gens qui sont dans le périmètre et faites très vite, c’est pire que la peste ! ». Puis il décrocha de nouveau son téléphone et composa le numéro du Ministre de l’Intérieur.
De retour dans son petit presbytère le curé appela l’évêque sur son téléphone et lui raconta avec grands détails la situation au village. Après l’avoir longuement écouté, l’évêque lui demanda de rester avec ses ouailles et de lui communiquer d’urgence les évolutions éventuelles de la situation en rajoutant perfidement « Je peux vous faire grande confiance mon fils car vous n’avez aucun défaut n’est ce pas ? ». Le pauvre curé avoua aussitôt « Si Monseigneur, je bois du vin plus que de raison lorsque je suis seul le soir ».



Chapitre trois : La réaction


Les véhicules entraient les uns derrière les autres dans la cour de l’Elysée et de chacun d’eux un ministre en descendait d’un pas rapide pour pénétrer dans le bâtiment par la porte latérale.
Le Président de la République avait convoqué de toute urgence le Gouvernement afin d’arrêter les décisions qui s’imposaient face à cette situation nouvelle.
Après avoir salué chacun des ministres, il prit place et fit un rapide rappel de la situation. Il précisa que la presse était bien au courant de cette venue d’extraterrestres mais qu’elle ignorait tout concernant le cadeau déposé durant leur bref séjour. Puis il rajouta « Par contre les Gouvernements des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne, de la Russie et de bien d’autres pays possédant des radars et des satellites d’observation étaient parfaitement au courant de cette prise de contact et ce matin j’ai du recevoir tout à tour les ambassadeurs et leur avouer la vérité pour éviter que leurs espions ne viennent fourrer leur nez dans cette affaire. Cette révélation a considérablement modifié leur attitude vis-à-vis de nous, sachez le. L’Angleterre parle de fermer le tunnel sous la Manche si nous ne parvenons pas à circonscrire ce problème, les Etats-Unis sont encore plus fermes, bref nos alliés nous demandent d’agir au plus vite, j’attends vos avis ».
Après un court silence, la Ministre des Energies Renouvelables, petite femme au regard exalté prit la parole en premier « Monsieur le Président, ne nous laissons pas intimider par ces menaces, je pense que nous devons bien au contraire laisser cette vérité se répandre à travers le pays puis ensuite à travers le monde, nous n’en serons que plus heureux. La France va ainsi contribuer à l’éradication du mensonge et à la mise en place de la vérité universelle, c’est magnifique. Les criminels avoueront leurs crimes, les charlatans ne pourront plus poursuivre leurs agissements et chacun d’entre nous fera attention à sa façon de se comporter de peur de devoir avouer les turpitudes qu’il serait enclin à infliger aux autres. Nos rapports avec les autres peuples se feront sur de nouvelles bases, sans méfiance puisque constitués d’une réelle vérité. Voilà ma position Monsieur le Président ». A l’écoute de cet avis, le Président leva les yeux au ciel, imité par quelques ministres, puis il reprit la parole. « Vous voulez donc que toute vérité soit dite, je dis bien toute la vérité, c'est-à-dire que je donne par exemple au cours d’une conférence de presse les codes secrets de notre frappe nucléaire, simplement parce qu’un journaliste me posera la question, vous désirez également que je divulgue les noms de nos agents du renseignement et les pays dans lesquels ils sont en poste ». Faisant une courte pause pour bien regarder les visages de ses ministres, il poursuivit « Je peux également divulguer nos accords secrets, concernant des affaires de l’Etat passés avec certains pays, les détails des tractations pour obtenir un marché aussi ». Puis élevant très sensiblement la voix il reprit « Mais nous aurons la possibilité tous autant que nous sommes d’avouer également à nos électeurs les moyens que nous employons pour financer nos partis respectifs et nos campagnes électorales et aussi d’avouer si nos promesses ne sont que du vent pour les épater ou bien de vrais projets. Voyez-vous bien la situation future ? » Demanda t-il en plantant son regard dans les yeux de la ministre des Energies Renouvelables. Cette dernière baissant la tête répondit d’une voix embarrassée « Je vois très bien, Monsieur le Président ». Pour ceux qui avaient encore un doute avant l’intervention du Président, la situation ne pouvait prêter à confusion. Après quelques échanges de paroles entre le Président et ses ministres, l’un d’eux demanda « Et que dit le Vatican de cette affaire, car nous ne pouvons agir sans un avis des tenants de la foi ? ». Levant la tête en direction du ministre qui venait de poser cette question le Président répondit « En effet, j’ai reçu ce matin les représentants des institutions juives et musulmanes, leurs avis concordent en tous point, ils ne peuvent admettre qu’une soit-disant vérité venue de l’espace, d’après eux bien sûr, se répande à travers le monde. Quant au Vatican j’ai reçu ce matin du Saint Père un télégramme qui dit ceci ». Chaussant sa paire de lunettes il lut à haute voix « il ne peut y avoir d’autre vérité que celle venant de Dieu ». Reposant le papier devant lui il rajouta « c’est très laconique mais ce texte veut bien dire ce qu’il veut dire ». Quelques têtes opinèrent en entendant ces paroles. Après quoi le Président s’adressant aux membres du gouvernement lança « Et bien mesdames et messieurs j’attends vos propositions sans plus attendre car il nous faut agir très vite ».

Luc Martel referma son calepin et quitta la conférence de presse que venait de donner le porte-parole du Gouvernement. Sur son scooter il traversa rapidement Paris pour arriver à son journal avant la mise sous presse. Il traversa la salle de rédaction et entra sans frapper chez son rédacteur en chef, ce dernier, sans se formaliser sur ce manque de courtoisie, leva la tête et demanda « Alors, c’est quoi ? ». Souriant Luc se vautra dans le vieux fauteuil et répondit « C’est une saloperie de microbe, le porte-parole vient de nous le dire, les habitants ont contracté une putain de maladie dont on ne connaît même pas le nom ! Le Gouvernement a décidé de bloquer les habitants dans la zone en attendant qu’un labo quelconque trouve un vaccin ou un truc dans ce genre. Toutes les ambassades gueulent pour obliger la France à empêcher le microbe de se répandre. Voilà pour une fois que des extraterrestres débarquent c’est pour nous apporter une maladie de merde ! ». Pointant son doigt en direction du journaliste, le rédacteur en chef dit d’un ton impératif « Tu me fais rapido un papier là-dessus, je le veux dans l’édition de ce soir, allez file ! »
Le lendemain matin le journal affichait en première page « contamination extraterrestre » en reprenant dans un article en page intérieure les éléments déjà développés la veille, aux journaux télévisés de vingt heures.


Dans le village chacun était au courant maintenant qu’un cordon de représentants de la loi ceinturait hermétiquement la campagne et les routes d’accès. Les quelques personnes ayant tenté de sortir du périmètre avaient été réexpédiées manu militari à l’intérieur par des hommes équipés de tenue étanche et portant des masques à gaz. L’ambiance sur la commune n’était pas au beau fixe, chacun s’étant évertué à rechercher la vérité sur les doutes qu’il entretenait sur telle ou telle affaire. Maintenant, les doutes étaient levés. Ainsi après quelques jours la population était divisée en deux groupes, les victimes et les coupables. Bien entendu en fonction du problème évoqué certaines personnes endossaient successivement les deux costumes. Le cocu se plaçait dans les rangs des victimes lors des déballages publics sur les infidélités mais rejoignait le rang des coupables à l’évocation de transactions malhonnêtes dont certaines personnes avaient à se plaindre.
Le village était ravitaillé par un dépôt sur un parking des produits nécessaires à la vie des habitants et ces derniers ne pouvaient venir retirer les denrées qu’une fois le dernier livreur parti. Bien entendu au début, plus personne n’osait s’autoriser le moindre écart de peur de devoir avouer la vérité à tous, puis certains n’eurent plus aucun scrupule.
Le premier meurtre se passa de nuit, ce fut le boulanger qui reçu deux coups de fusil alors qu’il était penché sur son pétrin, puis vint la période de répudiation durant laquelle certaines femmes furent jetées hors du domicile conjugal. Le sous-préfet, toujours bloqué dans la zone, le maire et le curé avaient toutes les peines du monde à ramener un peu de calme dans la population, quant à l’intervention des forces de l’ordre ou de la justice il n’en était pas question. Personne ne pénétrait dans la zone. Les ordres avaient été donnés d’une manière très stricte.
Le sous-préfet et le maire accompagnés de la femme du boulanger interrogèrent les habitants et finirent par connaître l’identité du meurtrier. C’était un triste cocu. Mais que devaient-ils en faire ? Apprenant le nom de l’auteur de l’assassinat, le groupe des victimes décida qu’il convenait de punir le meurtrier par la pendaison, mais celui des coupables n’entendait pas laisser la justice à une partie de la population, ce fut l’empoignade. C’est au cours de cet affrontement entre les deux groupes qu’un second coup de feu partit laissant raide mort sur les pavés de la place un ouvrier agricole. Le cocu ne fut pas pendu mais chacun s’arma et les coups de fusils furent de plus en plus nombreux.

Ce jour là l’arrivage d’aliments se fit comme de coutume et chaque famille vint retirer sa part sous la protection d’un parent armé, la méfiance était générale. Ensuite chacun rentra chez soi et se barricada. Personne n’avait remarqué la présence d’une unité des forces spéciales qui suivait avec attention aux jumelles l’opération de ravitaillement. Au grand étonnement des gendarmes qui surveillaient la zone, cette unité avait préparé les colis de ravitaillement destinés aux villageois.
Ce n’est que trois jours plus tard que les premiers éléments des forces de l’ordre pénétrèrent dans le village. L’alerte avait été donnée la veille. Il y avait maintenant deux jours que plus personne ne venait retirer les denrées au point de distribution. Les gendarmes dans leur tenue étanche découvrirent dans chaque maison des corps sans vie, même les animaux étaient morts. C’est une équipe médicale envoyée par le ministère de l’intérieur qui procéda aux autopsies. Elle conclut officiellement à une mort due à un microbe inconnu et préconisa la crémation des corps par sécurité sanitaire. Les hommes des forces spéciales récupérèrent le restant des produits alimentaires qu’ils trouvèrent chez les gens et repartirent discrètement avec.

Les médias venus sur place ne furent pas autorisés à pénétrer dans la zone. Un conseiller en communication de l’Elysée fit une déclaration officielle qui fut reprise par les télévisions et les journaux.

Le lendemain le Président reçu les ambassadeurs des pays qui suivaient particulièrement l’affaire du contact extraterrestre et les informa que tout risque était maintenant écarté. Les relations diplomatiques reprirent de façon naturelle avec la France.

Cinq jours plus tard, deux mirages décollèrent de la base d’Istres en mission d’interception, les radars au sol avaient détecté un écho se déplaçant rapidement au dessus de la zone du village. Le contact visuel se fit quatre minutes après le décollage. Les pilotes rendirent compte qu’ils étaient en présence d’une sphère lumineuse stabilisée au dessus d’une petite colline. Selon les ordres reçus et émanant du chef d’état-major de l’armée de l’air, deux missiles air-air furent tirés sur l’engin brillant qui explosa à l’impact.
Une compagnie de gendarmerie fut dépêchée sur les lieux pour ramasser le moindre morceau. Il n’y eut plus jamais de contact de troisième type avec des extraterrestres.

Auteur : Patrick Duchez

Illustration : Le syndrôme de vérité de Vladheim (Hugues Perrin).

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